Success story

La Coopération agricole


16 avril 2020

Où en est l’alimentaire coopératif ? Comment l’alimentaire prépare son futur grâce à la RSE ? Pour le savoir, Alimétiers est allé poser la question au responsable RSE de la Coopération agricole, Benjamin Perdreau.

La coopérative agricole, facteur d’innovation

Avant d’aller plus loin, savez-vous ce qu’est une coopérative agricole ? C’est assez simple à comprendre. Imaginez plusieurs producteurs (cultivateurs, viticulteurs par exemple) installés dans une même région. Plutôt que de travailler chacun de leur côté, d’avoir leurs propres outils de transformation, leur propre marque, leur propre logistique, leur propre espace de stockage... ils les partagent dans une même coop.

Avantage : ces producteurs assument ensemble les investissements et les efforts liés à leurs activités. Ils ont ainsi plus de marge de manœuvre pour innover notamment. #collectif. Ce modèle, il en existe plusieurs milliers aux quatre coins de l’alimentaire : céréales, lait, viandes, fruits, légumes... dans toute la France.

« Dans l’agroalimentaire, on envisage aussi le volet social, à savoir les conditions de travail, la formation pour favoriser la montée en compétences du personnel. »

Un fonctionnement en réseau

C’est là qu’intervient la Coopération agricole. Pour situer, l’organisation professionnelle est un organe vital du réseau décrit plus haut. Son travail, faire en sorte d’améliorer en permanence le fonctionnement des coopératives. Elle est celle qui explique les activités de terrain avec le grand public et même l’ensemble de l’alimentaire.

Surtout, elle se consacre aux coopérateurs. Son rôle, faire avancer leur métier. Pour ça, elle actionne notamment le levier RSE (responsabilité sociétale des entreprises). Benjamin Perdreau (@BenPerdreau) nous explique tout.

Comment les coopératives abordent-elles aujourd’hui leur RSE ?
Benjamin Perdreau : La RSE, au niveau de la coopération agricole, est le moyen de marquer sa différence sur les marchés. En clair, une coop qui met en place une démarche RSE adopte un mode de pensée. Celui-ci lui permet de mieux prendre en compte les attentes du monde de l’agroalimentaire. Ça lui permet de mieux répondre aux nouvelles attentes des consommateurs, sur des sujets comme le bien-être animal, les produits sans résidus de pesticides, plus de naturalité dans les aliments.
Quand on s’engage dans une démarche RSE, que cherche-t-on à régler ?
BP : Les enjeux sont propres à chaque structure. Ceci étant, il est question d’environnement, de biodiversité, de changements climatiques. Dans l’agriculture, la question qui se pose est « comment réduire l’impact des productions ». Plus largement dans l’agroalimentaire, on envisage aussi le volet social, à savoir les conditions de travail, la formation pour favoriser la montée en compétences du personnel. D’une façon encore plus large, il est question de tout ce qui est lié à la consommation : les enjeux sanitaires des aliments, les questions sur le bio, la localité des produits, l’ancrage territorial...
Comment les coop ont-elles la possibilité de s’approprier les pratiques RSE ?
BP : On élabore des outils destinés à les sensibiliser, à approfondir et à valoriser leur connaissance sur les sujets RSE. En l’occurrence, on leur propose un MOOC RSE et agroalimentaire en partenariat avec Bordeaux Science Agro et avec Montpellier Sup Agro. C’est un outil digital intéressant dans la mesure où il permet de toucher le plus grand nombre. Plus de 4 000 participants ont répondu présent à la dernière session. On organise aussi des ateliers en région sur des sujets comme la biodiversité, les achats responsables. Le déroulement, on est accueilli par une coop qui montre ses propres actions. Et par ailleurs, on amène les structures à aller plus loin. On mène avec elles des diagnostics. On leur propose ensuite un plan d’actions RSE qu’elles mettent en place.
Quelles sont les réactions sur le terrain ?
BP : La dynamique est bonne. D’une part grâce aux grandes structures coopératives agroalimentaires, historiquement engagées dans la RSE. Et dorénavant, les structures PME et ETI aussi s’y mettent davantage parce qu’encore une fois, ça leur permet de répondre aux attentes des consommateurs.
Quel est l’avenir de la RSE dans l’alimentaire ?
BP : On pense que pour la prochaine décennie, la RSE va devenir un critère rédhibitoire pour les entreprises qui souhaitent accéder à certains marchés. Cela veut dire que pour développer un produit pour le compte d’un distributeur, l’enseigne va sélectionner son fournisseur en regardant ses démarches RSE.
La thématique RSE n’est-elle pas encore trop réservée aux professionnels ?
BP : Si, c’est un thème très BtoB (business to business). Ceci étant, des démarches sont en cours pour porter ce sujet à la connaissance du grand public. Nous sommes par exemple adhérents de Ferme France la note globale, dont le principe est de noter sur 100 points les performances d’un produit. Ainsi les consommateurs vont désormais accéder à des précisions sur ce qu’ils mangent, en matière de traçabilité, de performances environnementales et sociales...
Et au niveau des métiers, quelles sont les perspectives de la RSE ?
BP : Il y a de plus en plus de textes de loi amenant les structures à mettre des actions en place sur des thèmes comme le gaspillage alimentaire, l’affichage environnemental, la gestion du plastique ou encore de l’eau. Plusieurs personnes dans une entreprise sont nécessaires pour gérer ça. Je pense que dans les prochaines années, des postes de chargés de missions ou encore de responsables RSE vont être créés pour renforcer les compétences actuelles.
Points clés
La Coopération agricole, en quatre datas :

1 organisation professionnelle

2300 coopératives agricoles et agroalimentaire

40% du chiffre d’affaires de l’agroalimentaire, soit 1 marque sur 3 de l’alimentation

3/4 des coopératives sont installées dans les campagnes.

Comment la Coopération agricole donne le ton de la RSE à l’international ? Cocorico !

La Coopération agricole est à l’origine d’un texte (important) qui définit la RSE dans l’agroalimentaire. Il fait référence dans le monde entier. Rien que ça !

En 2006, la Coopération Agricole et l’Afnor travaillent sur un outil de diagnostic des opérateurs locaux, coopératives ou non. L’idée, mesurer ce qui est fait et ce qui serait utile. 500 structures sont alors passées aux cribles. Ces évaluations permettent de tirer toute une liste d’enseignements. Une norme de référence voit alors le jour (ISO26000, les vrais savent). Cette première pierre posée, la Coopération agricole donne ensuite une dimension nationale à la définition de la RSE dans l’agroalimentaire. Le texte de référence fait son chemin, puis est amené à voyager. Une trentaine de pays participent à des travaux initiés par la Coopération agricole. Amérique du Sud, Canada, Kenya, Sénégal, Burundi, Rwanda, Japon, Chine contribuent à la publication de la norme internationale en janvier 2020 (ISO26030 pour les experts).

Quizz

Laquelle de ces démarches n’est pas exactement dans l’esprit RSE ?

a. Développer des circuits courts et les achats responsables.
b. Manger cinq fruits et légumes par jour.
c. Favoriser le bien-être au travail.
d. Privilégier l’emploi sur le territoire.

Question 1/3

Débat de rue !

On a croisé Negisti (24 ans), Yohan (30 ans) et Stéphane (51 ans). Ils ont accepté de partager leurs sentiments sur les initiatives sociétales dans l’alimentaire. Micro-trottoir.

A votre avis, comment le monde de l’alimentaire se remet-il en question ?
Yoann : D’après ce que je vois dans les médias, les agriculteurs sont acculés. Je ne suis pas certain qu’ils puissent se remettre en question. Ceci étant, un de mes cousins agriculteur s’est remis en question il y a peu, en mettant en place un système de ventes directes. Ce sont des choses qui se développent, je crois.
Negisti : A mon sens, certains ont conscience de dommages qu’engendrent des pratiques comme le traitement aux pesticides. D’autres sont plus tournés vers l’économie, le business.
Stéphane : J’ai l’impression que le monde agricole et l’agroalimentaire ne parlent pas nécessairement la même langue. J’ai l’impression que le seul terrain d’entente qu’ils ont, c’est le bio.
Le monde de l’alimentaire devrait-il davantage se remettre en question ?
Yoann : Quel que soit le métier, on doit se remettre en question. C’est une façon de s’adapter au monde dans lequel on vit. La façon de consommer évolue. Les agriculteurs doivent s’y adapter. C’est aussi le rôle des instances qui gouvernent ça de les accompagner. Ce n’est pas à l’agriculteur seul de porter ça.
Negisti : Oui, peut-être pour mieux gagner leur vie. Et aujourd’hui, je pense que les consommateurs revoient ce qu’ils achètent par ce qu’ils ont peur de ce qu’ils ont dans leurs assiettes.