Partage d'expérience

Qui sont les jeunes agriculteurs ?


6 mars 2019

On a croisé 4 acteurs de la nouvelle génération d’agriculteurs, au Salon International de l’Agriculture.
Ils expliquent ce qu’est leur métier en 2019.

 

« On est des techniciens »

Bertrand Mille, 35 ans, est arboriculteur et viticulteur dans le Vaucluse. Dans son exploitation, il produit des cerises et du raisin de table depuis plus de dix ans. A peine récoltés, ses fruits rejoignent vite les étals de magasins spécialisés avant d’être consommés.

Pour toi, c’est quoi l’agriculture en 2019 ?

Bertrand : L’agriculture, c’est une passion, celle pour la terre et pour le travail à l’air libre. C’est aussi un monde ouvert qui a des valeurs. Ce milieu innove en permanence, avec les nouvelles technologies ou encore au niveau des engins. De nouvelles techniques émergent, d’autres vont être déployées. En tant qu’agriculteur, je me considère avant tout comme un technicien, du végétal, de la terre et de l’environnement.

Quelle est la finalité de ton métier ?

Bertrand : C’est d’une part de fournir des cerises et du raisin, le muscat, de qualité aux consommateurs. Notre travail, c’est d’offrir du plaisir aux gens, qu’ils se disent « je mange sain, je mange français et je mange des produits qui sont bons ». C’est ça la finalité du métier d’agriculteur.

Pourquoi t’es-tu tourné vers ce métier ?

Bertrand : J’ai grandi dans le monde agricole. Je suis la 4e génération d’une famille d’agriculteurs. J’ai vu mon grand-père et mon père travailler les terres. J’ai commencé autour de 15, 16 ans, pendant les étés, en saison, pour payer mes études. Ensuite, j’ai travaillé en tant que commercial. Je sillonnais les routes pour vendre des automatismes de portail, donc rien à voir. Et puis, j’y suis revenu, pour aider mon père à la suite d’un accident qui l’a empêché de travailler pendant 4 mois. Et puis voilà, quand on vient de la terre… on y revient. J’aimais tellement ce que je faisais que je suis resté.

Comment se déroule ton quotidien ?

Bertrand : Au quotidien, mes activités sont très variées. Aucune journée ressemble à une autre. Tout au long de l’année, on effectue des gestes différents. Au fil des saisons, on va entretenir les vignes, planter les céréales, travailler au tracteur… Même en ayant une spécialité, on ne fait jamais la même chose. Lorsque je taille mes cerisiers, d’un arbre à un autre je le fais différemment.

 

« L’intérêt, c’est de créer de la valeur à l’élevage »

Pierrick Horrel, à 28 ans dirige un élevage de vaches de race, avec son associé. Il explique comment grâce à leur organisation et leurs Aubracs, ils ont développé leur exploitation.

C’est quoi ton quotidien d’éleveur ?

Mon quotidien, il commence le matin tôt auprès des animaux. Alimentation, soins, surveillance… il faut voir ce qui va, ce qu’il faut améliorer. On passe le maximum de temps auprès des vaches. Et puis après, il y a d’autres activités comme l’entretien des cultures, des bâtiments, selon les saisons.

Pourquoi as-tu choisi ce métier ?

C’est la passion pour les animaux, le fait d’être son propre patron, d’avoir la liberté de décider de son emploi du temps qui a m’a poussé à m’installer. On a commencé en reprenant des terres d’un voisin du village. Au fur et à mesure, l’exploitation a grandi. Ce qui est intéressant, c’est de créer de la valeur à l’élevage, de le pérenniser en vue de le transmettre plus tard.

Peux-tu décrire ton exploitation ?

Aujourd’hui, notre cheptel s’élève à 60 vaches. En surface, on atteint 80 hectares de terres cultivables et 200 hectares de parcours où passent les animaux pour pâturer.
Quand on s’est installé avec mon associé, on a choisi de maîtriser tous les aspects de l’élevage, de la naissance des animaux, à la commercialisation de la viande en vente directe. Dans ce contexte, on essaie d’atteindre une autonomie totale de l’alimentation du bétail. On cultive des céréales et du fourrage, à proximité de l’exploitation, que l’on stocke pour l’hiver.

Comment ce sont passés vos débuts d’entrepreneurs ?

On a commencé par prendre la température auprès des consommateurs locaux. Ils nous ont fait part d’un réel besoin en viande locale et bio. Pour y répondre, on s’est tourné vers la race Aubrac qui a est adaptée à nos conditions, sur notre territoire, et offre d’autres avantages.

Lesquelles ?

Mon l’idée était d’avoir la possibilité de prendre du temps libre avec ma famille, d’avoir une vie sociale à côté de l’agriculture. Les Aubracs et notre organisation le permettent. J’arrive à me dégager du temps, à prendre des vacances ou encore des week-end. C’est vraiment agréable.

« On peut relever les défis »

Clothilde Mouillard et Justine Lefranc on respectivement 21 et 19 ans. Elles sont étudiantes, en première année du BTS ACSE au Campus Métiers Nature de Coutance.

Qu’est-ce que vous voulez faire plus tard ?

Clothilde : Dans l’idéal, j’aimerais avoir mon propre élevage de vaches allaitantes. Sinon, je ferais de la conduite d’élevage ou alors de la comptabilité dans une exploitation agricole. Mon maître de stage m’a transmis sa passion pour la race Charolaise. C’est une race qui demande à ce qu’on passe beaucoup de temps avec, d’être très présent.

Justine : Plus tard, je veux travailler dans une entreprise de travaux agricoles. Conduire les engins, moissonneuses, tracteurs, avec des épandeurs. Au départ, j’étais plus orientée sur l’élevage. Et au fur et à mesure, en passant du temps dans les tracteurs, dans les champs, je me suis aperçue que ça m’attirait davantage. Sinon, je travaillerais en tant que salariée dans une exploitation agricole.

Pourquoi vous êtes-vous orientées vers ces métiers ?

Clothilde : C’est une passion, je suis dedans depuis que je suis toute petite. Ce qui me plait, c’est le lien avec l’animal.

Justine : Je me suis tournée dans cette filière parce que j’ai passé toute mon enfance dans une ferme. Mes grands-parents étaient agriculteurs. Mon oncle l’est aussi. Quand j’ai du temps, je vais l’aider à soigner ses vaches. A la saison des foins, je fais le travail.

Comment se passe votre BTS ?

Clothilde : On apprend à gérer une ferme, une entreprise agricole. On voit différentes matières : économie, gestion, agronomie. C’est intéressant, ça se passe bien.

Justine : On a aussi des matières plus générales aussi.

C’est quoi la suite ?

Clothilde : Je veux aller le plus loin possible dans les formations. Je me laisse le temps avant d’avoir mon exploitation. Ça prendra le temps qu’il faut mais je compte bien y arriver.

Justine : L’idéal serait que je fasse un CS mécanique (certificat de spécialisation) pour pouvoir perfectionner mes compétences en la matière.

Comment voyez-vous l’avenir en tant que future pro ?

Clothilde : On a la responsabilité de produire l’alimentation de tout le monde. Il faut perdurer ça.

Justine : On peut relever les défis, qu’on nous lance comme changer les mentalités sur les métiers agricoles.