L’entreprise virtuelle : un outil de formation aux métiers de l’alimentaire bien réel

Janvier

La formation aux métiers du secteur alimentaire entre dans une nouvelle dimension avec l’Entreprise Virtuelle et sa technologie en réalité virtuelle. Ce projet ambitieux et innovant piloté par Opcalim, PROFIL RH et EVAVEO propose d’acquérir des connaissances techniques, de développer des compétences opérationnelles et d’évaluer ses savoir-faire dans les conditions du réel. Réalisme, sûreté, autonomie, l’entreprise virtuelle a de nombreux atouts pédagogiques dont l’apprentissage par l’expérience.

Qu’est-ce que l’entreprise virtuelle ?

L’entreprise virtuelle est une plateforme numérique, où un univers professionnel est recréé en réalité virtuelle (ou RV). Accessible à distance, et à n’importe quel moment, il propose différents scénarios pédagogiques dans un environnement commun : un établissement agroalimentaire.
À ce jour, plusieurs modules de formation existent déjà et d’autres sont actuellement en cours de finalisation. Ils permettent aux utilisateurs d’acquérir et de valider des connaissances et savoir-faire notamment sur les thèmes de l’hygiène, la sécurité ou encore les bases du nettoyage. A ce jour, trois nouveaux modules sont en cours de développement : ils abordent respectivement le sertissage (fermeture des boîtes de conserve), la conduite de ligne et la maintenance.

Quelles sont les origines de l’entreprise virtuelle ?

Les premières pierres ont été posées avec l’expérimentation d’un premier module test employant la réalité virtuelle. Opcalim avait préalablement perçu ce type de technologies comme une opportunité pour la formation et un intéressant levier d’attractivité des métiers par le biais d’ateliers d’exploration mis en place par la Direction de l’Innovation et des Services aux Entreprises (DISE), et la communauté d’entreprises A’lliances.
Le Département Innovation de la DISE œuvre pour la promotion et le développement de l’Innovation : levier d’employabilité, de compétitivité et d’attractivité pour le secteur alimentaire. Trois actions clefs caractérisent sa mission : animer, accompagner et innover sur les volets RH, pédagogique et managérial. Elles se déclinent à l’externe et à l’interne dans une dynamique ouverte et collaborative.
La DISE rassemble au sein de la communauté A’lliances, un réseau de professionnels afin de partager les points de vue, les expertises, les expériences, de réfléchir et d’avancer ensemble sur les besoins actuels et futurs. Elle accompagne les salariés du secteur alimentaire ayant en charge dans leur fonction le développement des compétences mais aussi les fonctions RH, les dirigeants, les directeurs et les managers.

A’lliances, une démarche en quatre modalités d’accompagnement :

→ Des solutions de formation et de professionnalisation
→ Des expertises
→ Des appuis personnalisés
→ Des démarches collaboratives

Pour en savoir Plus sur la communauté et la démarche A’lliances, RDV sur le site Internet Opcalim

Un premier projet de reconstitution d’un SAS hygiène en RV a alors été développé. Une fois que la pertinence et le potentiel de celui-ci ont été évalués, les équipes ont décidé d’aller plus loin.

Comment l’entreprise virtuelle s’utilise-t-elle concrètement ?

L’entreprise virtuelle est une plateforme regroupant un ensemble de modules de formation/évaluation, organisés par grandes thématiques. Pour y accéder, il faut enfiler un casque de réalité virtuelle, prendre les manettes en main et se laisser guider dans ce monde parallèle ! Il permet de découvrir l’univers d’une entreprise alimentaire, de se former à des gestes, des procédures, des outils ou encore des machines, mais aussi d’être évalué.
Tout au long du projet, une grande attention a été portée au graphisme des modules, à la conception visuelle mais aussi au contenu des scénarios. La clé d’une meilleure expérience.
Il a été décidé dans un premier temps de construire une entreprise industrielle agro-alimentaire dans son intégralité, à commencer par le parking. Cet espace a d’ailleurs son importance dans le parcours du personnel, il est notamment l’un des lieux de théâtre d’une simulation d’évacuation. La création de tout cet environnement tant extérieur qu’intérieur peut également servir à des fins d’attractivité pour pouvoir montrer au grand public à quoi ressemble une usine dans son ensemble.
Pour ce qui est de l’aspect apprentissage, il existe deux modes. Le mode formation est composé de consignes à réaliser selon des scènes. Il permet d’apprendre en visualisant mais surtout en testant et manipulant. Même contexte pour le mode évaluation à ceci près qu’aucune indication n’est donnée. L’utilisateur réalise son parcours librement avec pour objectif : réussir chaque étape et réagir correctement aux événements.
En plus d’être une formation autonome à distance, il existe un mode collaboratif qui permet d’impliquer plusieurs personnes. Il est ainsi possible de créer des situations où les apprenants se retrouvent dans une même scène, éventuellement rejoints par le formateur même s’ils sont en réalité à 600 km de distance ! Ces derniers se voient dans ce monde virtuel, peuvent dialoguer et même échanger des objets.

L’entreprise virtuelle va être en constante évolution, sans cesse alimentée de nouveaux modules. Elle va se doter au fur et à mesure de modules complémentaires en fonction des besoins des entreprises et utilisateurs potentiels.
Qui peut être à l’initiative de leur développement ? Des CFA, des entreprises, des collectifs composés de différentes entités !

Quels sont les avantages de la formation virtuelle ?

L’impact. Il est plus important qu’avec la parole. Les notions sont mieux retenues et intégrées quand on vit une situation. La formation virtuelle est beaucoup plus efficace qu’un diaporama. On analyse et on interprète. Mais pas seulement :

→ On peut aller plus loin sur les activités en lien avec la sécurité sans prendre aucun risque.
→ Les actions se réalisent dans un environnement émotionnel proche du réel. Par exemple : j’apprends à me servir d’un extincteur quand un feu se déclenche, j’apprends à démonter une machine dans un environnement sonore industriel, je réalise des opérations de maintenance à plusieurs mètres du sol. Cette reproduction du réel permet de tester la capacité des personnes dans la réalisation de tâches difficiles en situation de stress.
→ On peut utiliser des machines qui ne sont pas disponibles, plus besoin de stopper la ligne de production pour former ! Ce qui permet également d’éviter tout risque de casse sur le matériel réel.
→ On peut réaliser des actions sans utiliser de la vraie matière donc on évite le gaspillage.
→ On peut modifier le rapport au temps. En production je peux voir le produit final quasi instantanément en accélérant les étapes de transformation.
→ On peut répéter à l’infini et quand on veut (c’est la réactivité de la formation).
→ On peut tracer tout ce qui se fait, archiver, suivre les étapes de la personne qu’on forme.

Quelles sont les spécificités innovantes et différenciantes de l’entreprise virtuelle ?

C’est un projet qui génère des processus collaboratifs. L’association des expertises des différentes entreprises et centres de formation apporte une grande richesse au module produit. On assiste à un partage d’expériences et de savoir-faire, une mutualisation des ressources mis au service d’un collectif.
C’est également une avancée d’un point de vue pédagogique car l’erreur devient source d’apprentissages nouveaux : on peut alors être curieux et avancer sans avoir peur de se tromper.

Quelle est la suite ?

De nouveaux modules vont être livrés prochainement. Nous avons entamé une démarche sur le long terme et prévoyons un accompagnement au long cours des entreprises ou organismes qui se lancent dans l’aventure.
Dans le futur, les avancées technologiques permettront peut-être de pouvoir jouer avec les odeurs et solliciter les autres sens, comme travailler pleinement le toucher, voire le goût ! Qui sait ?
L’objectif final reste le même : développer les compétences tout en facilitant les apprentissages.

Un exemple d’entreprise virtuelle ? Agrovirtuose.

A l’initiative d’Agrosphères, d’Opcalim et de 9 entreprises agroalimentaires de la région Hauts-de-France : ABCD Nutrition, Bigard, Florensuc, Lactinov, Agromousquetaires, Salaisons du terroir, Saint Louis Sucre, Bonduelle, Ets Lucien, un projet d’entreprise virtuelle s’est construit autour de deux thématiques et a donné naissance à Agrovirtuose.

Suite à un travail collaboratif entre les 9 entreprises animé par Opcalim et Agrosphères et accompagnées des partenaires PME Université et EVAVEO, l’outil de réalité virtuelle a été retenu pour le développement de formations innovantes sur :
→ l’hygiène et la sécurité alimentaire
→ la sécurité des personnes

Ces deux thématiques ont été sélectionnées parce qu’elles sont transversales et concernent tous les domaines d’activité dans le secteur alimentaire, quelle que soit la taille de l’entreprise. Plusieurs scénarios ont été créés autour d’elles comme :
→ La mission vestiaire : mettre sa tenue de travail et les équipements de protection individuels.
→ La mission SAS hygiène : se laver les mains, ses bottes et effectuer les procédures et gestes d’hygiène.
→ La chasse aux risques : identifier les dangers et risques d’hygiène dans l’usine.
→ La mission recette : savoir respecter les consignes.
→ La mission alerte incendie : garder une bonne attitude face à une alerte et suivre les consignes de sécurité.
→ La mission découpage : bien réagir face à un accident.
→ La mission contrôle des produits : respecter la fiche contrôle et identifier les non-conformités.
→ La mission nettoyage : lire les pictogrammes et suivre la procédure.

Agrovirtuose, qu’est-ce que ça signifie ?

Oser le virtuel dans l’agroalimentaire ! Le nom Agrovirtuose est né d’une séance de Brainstorming avec les 9 entreprises qui se sont lancées dans l’aventure.

Quelles ont été les étapes clefs de la création de l’outil ?

Le premier temps fort a été la constitution du collectif (composé de plusieurs entreprises très différentes et complémentaires) duquel les choix d’outils d’apprentissage et les thématiques fondamentales communes ont émergé.
La collecte d’informations et d’éléments permettant la reconstitution de l’environnement professionnel industriel en RV a été aussi une étape très décisive pour l’élaboration des scénarios. Cela a nécessité des visites d’usines, des prises de vues, la récupération de matériels et de contenus : un travail à la fois individuel puis de consolidation et de synthèse. En aval, beaucoup de démonstrations et d’essais ont eu lieu avec des équipes sur le terrain de façon à les embarquer et être le plus fidèle à la réalité. Une phase de formation des « formateurs – animateurs » interne a été intégrée au projet.

Quels sont les retours des utilisateurs ?

En premier lieu, les utilisateurs sont attirés par la nouveauté. Une fois le casque sur la tête, ils se mettent vraiment dans le bain, même les plus sceptiques. On remarque que tous se désinhibent (vis-à-vis de l’utilisation du casque) et accrochent aux scénarios. Ils sont tous emballés à la fin !
Pour l’instant, l’expérience de réalité virtuelle est très satisfaisante d’une façon générale. Il s’agit d’une première approche qui met en lumière de nouveaux processus d’apprentissage et d’organisation. Nous explorons cette approche pédagogique avec précautions afin d’avoir le recul nécessaire, et suivre les impacts à court, moyen et long termes pour nous forger une expérience de fond et transmettre cet enseignement en connaissance de cause.